EDITORIAL – Incendie de Notre-Dame, qu’est-ce que nous dit l’immense couverture médiatique française ?

PARISLes grands médias français comme le journal conservateur Le Figaro ont publié ce mardi 16 avril 2019 un nombre considérable d’articles sur l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris (jamais vu autant d’articles pour un même thème en tout cas sur leur site Internet). La radio France Info ou France 2 donnent aussi une très grande attention à cet accident. On sent que l’émotion et surtout la symbolique sont grandes dans toute la France. Bien entendu, aucun lieu de culte (par définition sacré) ne doit être détruit ou détérioré. L’enquête dira s’il y a eu des négligences. Ce qui m’intéresse dans cet éditorial bienveillant (et en aucun cas anti-catholique, je me battrai jusqu’à la mort pour le respect de toutes les religions) est de comprendre pourquoi l’émotion est si grande dans un pays qui valorise tant la laïcité et n’est souvent pas tendre avec la religion chrétienne. N’est-ce pas un paradoxe ?


Symbolique catholique

Tout d’abord, ce qui est peut-être typique d’une culture catholique plutôt que protestante, est le rôle attribué à la symbolique. Pour les protestants, qui n’ont jamais construit de cathédrale somptueuse ou de façon plus modeste, le « temple » est plus intérieur qu’extérieur. On lit par exemple dans Jean, chapitre 2 verset 19, ce que Jésus dit aux Juifs : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Il parle bien sûr ici de sa future mort (célébrée le Vendredi Saint) et sa résurrection 3 jours après (Dimanche de Pâques). Les catholiques en général, se sont peut-être un peu éloignés de cette parole de la Bible ou ont cherché d’autres textes des Ecritures, en mettant l’accent plus sur le décorum dans les différentes églises comme les cathédrales. Comme je ne suis pas un spécialiste du catholicisme – mais du protestantisme (en tout cas en partie), je relève ici plus une intuition.

On voit aussi que la structure de l’état français est très liée à la symbolique, rôle du Président notamment. En Suisse, il y a quelques années un Conseiller Fédéral prenait “tout seul” le train à Neuchâtel.
L’histoire de la cathédrale Notre-Dame est aussi fondamental avec notamment les écrits de Victor Hugo (“Notre-Dame de Paris”) ou un rassemblement pour honorer la mémoire du général De Gaulle.

Chasser des centaines d’années de catholicisme

Les psychanalystes parlent souvent de mémoire collective ou historique. Si on part du principe que la France a une histoire millénaire avec des centaines d’années de catholicisme, les quelques dizaines d’années récentes où le catholicisme est devenu minoritaire, surtout depuis 1968, pèsent peu en comparaison des centaines d’années marquées par la religion catholique. Il est tout à fait possible que beaucoup de Français continuent d’avoir une relation compliquée avec l’église, un peu comme un rapport amour-haine familial. Une recette idéale pour faire monter l’émotion. Même si peu de Français vont à l’église chaque dimanche en France en 2019 (moins de 10% si on en croit certains chiffres), ce n’est pas pour autant que le catholicisme ou Dieu n’ont plus aucune importance.

Tourisme


Paris est probablement la ville no 1 dans l’imaginaire collectif mondial pour le tourisme (la une pendant de longues minutes sur le site Internet du New York Times sur l’incendie hier l’atteste), même si Londres ou New York pourraient parfois attirer plus de touristes certaines années. Paris reste Paris, ce n’est pas très poétique mais le slogan du PSG est efficace : “Ici c’est Paris !”. Et avec la tour Eiffel, il est évident que Notre-Dame de Paris est un monument somptueux de la Ville Lumière qui marque la capitale française. Les chiffres ne mentent pas, la cathédrale était visitée par environ 13 millions de personnes par année avant l’incendie, plus que la population de la Suisse.

Politique

Finalement, dans un monde occidental gagné par le conservatisme (Trump, Bolsonaro, Brexit), tous les politiciens, y compris de gauche, se doivent de ne pas perdre la bataille des millions de Catholiques français et probablement des dizaines de millions de Français sympathisants du catholicisme. Il y a donc une certaine surenchère pour montrer quel politicien est le plus catholique ou pro-chrétien.

On l’aura compris, le monde de 2019 a beaucoup changé. Si la cathédrale avait brûlé en 2009, il est possible que la couverture médiatique ait été beaucoup plus faible. En tout cas bravo pour cette mobilisation, comme média conservateur, Romanvie.ch ne peut que se réjouir d’avoir remis un peu la “cathédrale au milieu de la ville”. N’oublions pas aussi que d’autres églises sont détruites ou abîmées en France ces derniers mois (ex. St-Jean des Balmes en Aveyron).

Le 16 avril 2019. Version 1.1 (20h24, le 16 avril 2019). Par Xavier Gruffat. Sources secondaires : Folha de S.Paulo, Le Figaro.

Détails de la rédaction: Cet article a été mis à jour le 16.04.2019.