EDITORIAL – L’université ou l’EPF devrait-elle coûter 10’000 francs ou même 20’000 francs par année en Suisse ? Une idée de gauche ?

LAUSANNE – SAO PAULO Vu de Suisse, on pense souvent que le système d’études universitaires ainsi que les 2 EPF est le meilleur au monde avec des bas coûts annuels pour les étudiants. On suppose qu’il s’agit d’un excellent système et surtout juste, c’est en tout cas ce que je pensais avant de lire un éditorial dans la Folha de S.Paulo du 22 mai 2019 en pleine crise des études universitaires au Brésil avec une probable réduction du budget pour les universitaires publiques.

Etats-Unis

On peut penser à ces étudiants américains qui à la sortie de leurs études ont accumulé des dettes colossales. En Suisse, les frais et coûts d’inscription annuels dépassent rarement les 3000 francs. Aux États-Unis il n’est pas rare d’avoir des coûts plus de 10 fois plus élevés. La Suisse et les États-Unis ont un PIB par habitants assez comparable ce qui rend la comparaison sensée. Au Brésil les études universitaires comme USP (souvent citée comme la plus prestigieuse du pays) à Sao Paulo, avec entrée par concours sont gratuites, c’est-à-dire payées par la société en général avec les impôts. Le PT de Lula, parti de gauche, est en général favorable à des études gratuites universitaires. Mais un important politicien du même parti que Lula, Rui Costa (gouverneur de l’état de Bahia), a brisé un tabou en affirmant que les riches devraient et pourraient payer l’université ou en tout cas en partie. C’est là que l’éditorial d’Hélio Schwartsman de la Folha de S.Paulo est très intéressant.

Salaire 15 à 20 fois plus élevé, Karl Marx

Selon lui, un médecin ou ingénieur va gagner 15 à 20 fois plus que le salaire moyen brésilien. Remarquons que le Brésil est l’un des pays les plus inégalitaires au monde avec l’Afrique du sud, ce qui rend forcément la comparaison avec la Suisse compliquée, voire impossible. Si l’université pour étudier la médecine ou les sciences (ingénieur) sont gratuites, cela signifie que l’ensemble de la population brésilienne, notamment les plus pauvres, payent par leurs impôts comme la TVA pour ces futurs médecins et ingénieurs. Or, comme ils vont gagner beaucoup d’argent dans leur carrière, ils auraient les moyens de s’endetter puis rembourser pendant leur carrière, c’est probablement la logique de pensée américaine. Surtout qu’on sait que beaucoup de médecins et ingénieurs, en tout cas au Brésil, proviennent de la classe moyenne ou de la bourgeoisie et rarement des classes populaires. Il est vrai que les médiocres écoles publiques au Brésil incitent la bourgeoisie à mettre leurs enfants dans des écoles privées. Comme l’entrée dans les universités publiques, de qualité, se fait par concours, les étudiants d’écoles privées sont favorisés pour rentrer dans les prestigieuses universités publiques du pays. M. Schwartsman relève toutefois que certaines professions universitaires sont moins bien payées qu’un facteur 15 à 20 fois, ce qui complique aussi un financement à 100% privé. Il relève aussi que même Karl Marx était contre un financement de l’enseignement supérieur par les impôts, car il s’agit d’une subvention des pauvres aux riches.


Frais de 10’000 à 20’000 francs par année en Suisse ?

D’un point de vue théorique cela pourrait faire sens d’augmenter les frais annuels dans les universités et les deux EPF. Mais dans la pratique en Suisse les choses sont plus complexes. On sait qu’un pharmacien qui étudie 5 ans à l’université gagnera pas beaucoup plus qu’un chauffeur de bus à Genève qui n’a pas besoin de beaucoup étudier (on parle de salaires inférieurs à 10’000 francs par mois). Mais pour un médecin spécialiste qui gagne peut-être 50’000 francs par mois, une contribution significative aux études de médecine pourrait faire sens, sous forme de prêt de banques cantonales par exemple. Surtout qu’on sait qu’un étudiant en médecine coûte des centaines de milliers de francs à la société, même si bien sûr il en rapporte aussi en soignant sa population.


Etats-Unis, un pays plus juste ?

Peut-être que sur ce point particulier d’endettement des étudiants on verra désormais le système américain comme plus juste que le système suisse. Une bonne solution serait probablement un bon mélange de financement privé et public en fonction de la moyenne des salaires à la sortie des études. On sait aussi qu’aux États-Unis l’impôt sur l’héritage est très élevé (environ 40%) alors qu’il est par exemple inexistant ou presque au Brésil (parfois de 4%) et relativement bas en Suisse. Les États-Unis reste qu’on le veuille ou non le principal pays d’opportunités, en cherchant par certains systèmes comme l’impôt sur l’héritage ou des frais universitaires très élevés à brasser les classes sociales, même si bien sûr on reste encore très éloigné de la perfection.

Le 23 mai 2019. Mis à jour le 25 mai 2019. Par Xavier Gruffat. Source primaire : Folha de S.Paulo – Sources secondaires : The Economist, The Wall Street Journal, The New York Times, Veja.

Détails de la rédaction: Cet article a été mis à jour le 24.05.2019.