EDITORIAL – Occident, les politiciens cherchent à plaire, cap au centre !

niveau-1-vert-romanvie-ch


EDITORIAL - Occident, les politiciens cherchent à plaire, cap au centre !MONTREUXQuand on analyse les politiciens des grands pays occidentaux comme les Etats-Unis, la France, l’Allemagne ou le Brésil on se rend compte que ces hommes et femmes d’état font une politique toujours plus au centre en cherchant souvent à plaire à l’opposition, drôle de paradoxe. Les raisons comme on le verra sont multiples.
France
Prenons tout d’abord l’exemple de la France, F.Hollande est en train de passer toujours plus à une politique centriste, que les spécialistes qualifient souvent de sociale-libérale à la Schröder ou à la Blair. Pendant sa campagne électorale rappelons-nous qu’il détestait, ou faisait croire, la finance. Les deux premières années de son mandat de 5 ans, surtout la première, ont d’ailleurs reposé surtout sur une politique de gauche, puis comme le chômage continuait à augmenter et à cause de sa grande impopularité, F.Hollande s’est converti à une politique beaucoup plus centriste.
Dans un domaine plus sociétal et moins économique, prenons les ténors de l’UMP, la plupart ne veulent pas revenir sur le mariage gay, autrement dit la droite se “gauchise” sur les thèmes de société mais la gauche se “droitise” sur l’économie. Difficile pour les électeurs d’y voir clair.

Allemagne

Même si ce pays n’a pas grand-chose à voir avec la France ou les Etats-Unis à cause d’un pouvoir reposant sur une coalition, on peut noter que Mme Angela Merkel a été obligée d’accepter le salaire minimum. En général les politiciens de droite n’aiment pas trop quand l’état se mêle de la politique salariale, sans véritablement le vouloir elle a fait une politique presque de gauche ou en tout cas centriste. On sait que Mme Merkel aime la complexité et accepte volontiers des compromis.

Etats-Unis

Dans ce cas aussi, on doit remarquer d’importantes différences avec la France, mais la victoire récente du congrès par les Républicains a fait dire à M. Obama il y a quelques jours que les bonnes idées pouvaient venir également de la droite conservatrice républicaine, et pas seulement de la droite ou centre libéral (Démocrates, le parti d’Obama). Aux Etats-Unis le centre se “droitise” mais probablement plus par opportunisme que par pure envie de plaire à tout le monde.

Brésil


Ce pays de 200 millions d’habitants et 7ème puissance économique du monde, méconnu politiquement en Europe est aussi très intéressant à analyser. Dilma Rousseff du PT, parti des travailleurs, un parti de gauche semble lâcher un peu de lest pour son second mandat (le 4ème de suite du PT après les deux premiers de Lula) en nommant vendredi M. Joaquim Levy comme ministre de la Fazenda (Ministère des finances et impôts, le plus important au Brésil). Il s’agit d’une personne de tendance libérale formé à l’Université de Chicago. D’ailleurs immédiatement après sa nomination la bourse de Sao Paulo est remontée et le dollar a baissé face à la monnaie brésilienne (Real), preuve que le marché financier a apprécié ce choix néolibéral. Rappelons aussi qu’au Brésil le salaire minimal est d’environ 250 dollars par mois, ce qui est 2 à 3 fois plus qu’au Mexique mais qui reste très bas pour vivre dignement. Le gouvernement Rousseff est donc clairement plus un pouvoir centriste qu’un véritable pouvoir de gauche.

Pourquoi un tel recentrage ?

Après avoir exposé ces faits, on peut se demander pourquoi les politiciens se recentrent toujours plus. Selon moi, il faut chercher les réponses plutôt dans la psychologie humaine. Prenons F. Hollande que les lecteurs de ce site connaissent le mieux. Quand vous avez tous les jours la presse et les médias de droite (Figaro, Europe 1 par ex.) ou centriste (Le Monde, France 5, etc…) contre vous qui vous attaquent frontalement en étant un président trop à gauche économiquement et finalement incapable de relancer l’économie et lutter contre le chômage. Un jour vous vous levez le matin et vous vous dites probablement qu’au lieu de souffrir en permanence de ces attaques, pourquoi ne pas essayer de plaire à ces médias et leur montrer qu’on peut se “centriser”. Sarkozy a aussi dans un sens suivi une politique du centre en ne changeant pas grand-chose ni sur l’immigration ni sur les “35 heures”. Clairement ce recentrage profite bien sûr aux extrêmes et actuellement à Marine Le Pen.

Et la Suisse ?

Comme la Suisse est une démocratie directe, il me semble que les politiciens peuvent moins jouer à ce jeu du compromis, du brouillage des cartes et du recentrage ou alors d’une façon différente.

Car comme on le voit avec les votations, le peuple peut toujours dire son dernier mot lorsque l’enjeu est important (entrée dans l’UE, immigration, etc.). Il faut dire aussi qu’il n’y a aucun média puissant d’opposition en Suisse comme on a par exemple aux Etats-Unis avec Fox News (contre Obama) ou au Brésil avec Veja (contre le PT). Sauf peut-être la Weltwoche mais qui n’est pas présente en Suisse romande. Autrement dit les politiciens sont beaucoup moins attaqués que dans les grands pays de l’Occident (avec plus de 50 millions d’habitants). Ce ne sont pas les “gentils” (dans le sens peu agressifs) journalistes de Forum de la RTS qui vont faire peur au Conseil Fédéral…

Le 24 novembre 2014. Par Xavier Gruffat. Sources des données : France Info, France 5 (C dans l’air), Folha de S.Paulo, FoxNews, CBSNews, RTS (Forum)

Détails de la rédaction: Cet article a été mis à jour le 27.12.2014.

Pages les plus lues