EDITORIAL – Comment changer le monde ? Détruire le middle-management, à la Tesla

EDITORIAL - Automatisation et perte d'emploi, n'ayez pas peur !

ZOUG/SAO PAULOLa plupart des intellectuels dans le monde, en tout cas moi, reconnaissent que le principal problème de notre planète (sans parler d’écologie) peuplée d’environ 7,5 milliards d’individus est l’inégalité salariale ou de revenus. Je suis Suisse mais j’habite au Brésil depuis bientôt 10 ans et bien que j’habite dans l’un des quartiers les plus riches du Brésil (Jardins à Sao Paulo) – mais pour la Suisse ce serait un quartier de classe moyenne –  je me rends chaque semaine dans une favela dans la banlieue est de la ville pour donner des cours d’anglais gratuitement et constate au passage la pauvreté ambiante. Ce que j’observe est que le Brésil souffre de grandes inégalités salariales comme beaucoup d’autres pays à travers le monde comme l’Inde, l’Afrique du Sud ou dans une moindre mesure les Etats-Unis. Comme la Suisse possède de grandes sociétés multinationales comme Nestlé ou Novartis, elle a aussi une responsabilité mondiale pour tout simplement changer le monde, en s’inspirant notamment du plus grand entrepreneur actuel Elon Musk.

Exemple pratique

En novembre 2018, le salaire minimum mensuel au Brésil était d’environ 270 francs suisses (ou 270 dollars américains, environ 1000 Reais Brésilien). Or, un sérieux institut de sondage brésilien cité par la Folha de S.Paulo en 2018 estime qu’il faudrait environ 3 à 4 fois plus pour vivre dignement au Brésil, soit environ 1000 francs par mois (3500 Reais). Je ne dispose pas de chiffres exacts mais j’estime le salaire médian brésilien à environ 2500 Reais, soit environ 600 francs suisses au maximum. Bref, la grande majorité des travailleurs dans le plus grand pays d’Amérique latine ne gagne pas plus que 1000 francs par mois. Mais de façon assez surprenante, je sais que beaucoup de cadres de Nestlé ou d’autres multinationales ont des salaires de 5000 dollars ou plus, parfois même de 10’000 dollars par mois sans compter d’autres “bénéfices” ou avantages comme une assurance maladie gratuite de qualité ou d’autres “compensations”.


Pyramide des salaires étonnante

Comme entrepreneur, je vis à 100% de mes propres entreprises en Suisse et au Brésil, je suis très surpris de voir qu’au Brésil la grande majorité des travailleurs ont un salaire de 270 à 1000 francs et une petite élite de cadres gagne plus de 5000 francs par mois. Ce que j’aimerais une fois mieux comprendre comme entrepreneur est de savoir si ce middle management (cadres moyens) qui gagne dans les 5000 francs par mois apporte véritablement 5 fois plus de revenus à l’entreprise ? Je pense clairement que non à l’ère de l’Internet et de systèmes comme Slack qui permettent de lisser le management. Ce sont à mon avis comme entrepreneur surtout des “planques”. Et le seul moyen de savoir si ce middle-management est vraiment utile est de le supprimer pendant quelques années, puis ensuite voir les conséquences. Car avec des softwares de management, il est tout à fait possible de transmettre les ordres aux employés sans avoir beaucoup de cadres. En plus avec l’intelligence artificielle (AI), d’autres technologies pourront permettre de réduire ces cadres moyens.

Changer le monde, méritocratie 

Pour changer le monde et donc réduire l’ultra-violence qu’on a au Brésil (70’000 homicides par année) ou en Afrique du sud, je demande à des grandes sociétés comme Nestlé de changer totalement sa structure de management, c’est-à-dire licencier et éliminer tous ces cadres moyens pour faire remonter le bas de la pyramide vers des salaires à environ 1000 à 1500 francs par mois. Autrement dit, suivre l’exemple d’Elon Musk qui a opéré en mai 2018 pour sa société Tesla, selon des informations du Wall Street Journal du 19 mai 2018, un lissage (en anglais “flatness“) de son management en supprimant beaucoup de postes du middle-management. Son idée est que les employés puissent théoriquement immédiatement parler au CEO (Elon Musk), par exemple par des systèmes de communication comme Slack. Autrement dit, c’est un système qui favorise aussi la méritocratie et la transparence, car ils coupent une forme de copinage. Si tout est transparent et documenté dans des systèmes comme Slack, la méritocratie est assurée avec moins de décisions dites politiques.
Aussi, combien de prix Nobel étaient brésiliens ? Zéro – nada, en créant des systèmes transparents avec très peu de middle-management mais en attribuant des bonus basés sur l’excellence notamment de la base des employés, il est possible qu’un jour les Nestlé, Google, Facebook ou Prix Nobel de demain soient brésiliens, indiens, égyptiens ou sud-africains. Mais pour le moment dans beaucoup de ces pays le copinage règne.

Changer le monde n’est pas très compliqué, il suffit simplement de prendre quelques bonnes décisions. Et pour vivre au Brésil, si Nestlé prend une telle décision, d’autres grandes sociétés y compris brésiliennes vont un jour suivre l’exemple. Et si les Suisses ne le font pas, les Américains vont le faire et vont peut-être à nouveau gagner la guerre économique face à l’Europe et la Suisse. Il faut en finir avec ce middle-management de caste qui est directement responsable de 70’000 homicides par année au Brésil. Car ces homicides sont presque tous liés au trafic de drogue dans les favelas avec des jeunes hommes (souvent noirs) sans avenir, car personne ne leur fait confiance notamment dans les grandes sociétés.


Et la Suisse ?

La Suisse a clairement des défauts (je pense comme conservateur à EXIT ou au taux de suicide très élevé) mais par rapport à l’égalité salariale, la Suisse est clairement l’un des meilleurs pays au monde, le bon élève. Le géant Migros et ses environ 30 milliards de francs de chiffre d’affaires montre clairement l’exemple avec sa politique salariale. La différence entre un cadre (middle-management) et un employé au bas de la pyramide dite sociale est d’un facteur souvent de 1 à 5 (ex. un employé sans qualification gagne 4000 francs et un employé cadre moyen 20’000.-). Par comparaison au Brésil la différence peut être d’un facteur 1 à 30 (300 francs vs. 9000 francs par mois). Cela dit, il est aussi possible d’améliorer certaines méthodes en Suisse en réduisant le middle-management afin de favoriser une certaine justice dans les entreprises, petites ou grandes. Oui, on peut changer le monde !

raisons d'aimer la Suisse

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Le 19 mai 2018. Par Xavier Gruffat (Pharmacien Dipl. EPF Zurich, Dipl. MBA). Sources : certaines informations proviennent de la Folha de S.Paulo et du The Wall Street Journal.

Détails de la rédaction: Cet article a été mis à jour le 22.11.2018.

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