Dormir moins de six heures par nuit peut augmenter le risque de maladie cardiovasculaire

MADRID – Les personnes qui dorment moins de six heures par nuit peuvent courir un risque accru de maladie cardiovasculaire comparativement à celles qui dorment entre sept et huit heures selon une nouvelle étude publiée dans le Journal of the American College of Cardiology (DOI : 10.1016/j.jacc.2018.10.060) le 14 janvier 2019. Les résultats ont aussi montré qu’un sommeil de mauvaise qualité augmente le risque d’athérosclérose, c’est-à-dire une accumulation de plaque dans les artères de tout le corps.

Le sommeil pour combattre les maladies cardiaques

Dormir moins de six heures par nuit peut augmenter le risque de maladie cardiovasculaire« Les maladies cardiovasculaires sont un problème mondial majeur, et nous les prévenons et les traitons à l’aide de plusieurs approches, dont les produits pharmaceutiques, l’activité physique et l’alimentation. Mais cette étude souligne que nous devons inclure le sommeil comme l’une des armes que nous utilisons pour combattre les maladies cardiaques – un facteur que nous compromettons tous les jours », a déclaré José M. Ordovás, PhD, chercheur au Centro Nacional de Investigaciones Cardiovasculares Carlos III (CNIC) à Madrid et directeur du département de nutrition et génomique au Jean Mayer du Centre de recherche en nutrition humaine et vieillissement à Tufts University. « C’est la première étude à montrer que le sommeil mesuré objectivement est associé à l’athérosclérose dans tout le corps, pas seulement dans le cœur ».
Des études antérieures ont montré que le manque de sommeil augmente le risque de maladies cardiovasculaires en augmentant les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires comme la glycémie, la tension artérielle, l’inflammation et l’obésité, ajoute-t-il.

Si vous avez aimé cet article, inscrivez-vous à notre newsletter (gratuit)

3’974 personnes observées


La nouvelle étude comprenait 3’974 employés de banque en Espagne dans le cadre de l’étude PESA CNIC- Santander Study, dirigée par le rédacteur en chef du JACC Valentin Fuster, MD, PhD, qui utilise des techniques d’imagerie pour détecter la prévalence et la progression des lésions vasculaires subcliniques dans une population ayant en moyenne 46 ans. Tous les participants n’avaient aucune maladie cardiaque connue et les deux tiers étaient des hommes. Tous les participants ont porté un actigraphe, un petit appareil qui mesure continuellement l’activité ou le mouvement pendant sept jours pour mesurer leur sommeil. Ils ont été divisés en quatre groupes : ceux qui ont dormi moins de six heures, ceux qui ont dormi six ou sept heures, ceux qui ont dormi sept ou huit heures et ceux qui ont dormi plus de huit heures. Les participants ont subi une échographie cardiaque 3D et une tomodensitométrie cardiaque pour détecter les maladies cardiaques.

Insuffisance et mauvaise qualité du sommeil : des facteurs de risque

L’étude a révélé que lorsqu’on tenait compte des facteurs de risque traditionnels de maladie cardiaque, les participants qui dormaient moins de six heures étaient 27 % plus susceptibles de souffrir d’athérosclérose dans tout le corps que ceux qui dormaient de sept à huit heures. De même, ceux qui avaient une mauvaise qualité de sommeil étaient 34 % plus susceptibles d’être atteints d’athérosclérose que ceux qui avaient une bonne qualité de sommeil. La qualité du sommeil a été définie par la fréquence des réveils nocturnes et la fréquence des mouvements pendant le sommeil qui reflètent les phases du sommeil.


« Il est important de se rendre compte qu’une durée de sommeil plus courte et de bonne qualité peut compenser les effets néfastes d’un sommeil trop court », a dit le prof. Fuster.

Plus de huit heures de sommeil par nuit : risque accru

L’étude suggère également que dormir plus de huit heures par nuit peut être associé à une augmentation de l’athérosclérose. Bien que le nombre de participantes ayant dormi plus de huit heures était faible, l’étude a révélé que les femmes qui dormaient plus de huit heures par nuit présentaient un risque accru d’athérosclérose.

L’alcool n’est pas un bon inducteur de sommeil

La consommation d’alcool et de caféine était plus élevée chez les participants dont le sommeil était court et perturbé, selon l’étude. « Beaucoup de gens pensent que l’alcool est un bon inducteur de sommeil, mais il y a un effet de rebond », dit le prof. Ordovás. « Si vous buvez de l’alcool, vous pourriez vous réveiller après une courte période de sommeil et avoir de la difficulté à vous rendormir. Et si vous vous rendormez, c’est souvent un sommeil de mauvaise qualité ».

La caféine : un effet différent selon l’individu

Bien que certaines études montrent que la consommation de café peut avoir des effets positifs sur le cœur, le prof. Ordovás déclare que cela peut dépendre de la rapidité avec laquelle une personne métabolise le café. « Selon votre génétique, si vous métabolisez le café plus rapidement, cela n’affectera pas votre sommeil, mais si vous le métabolisez lentement, la caféine peut affecter votre sommeil et augmenter les risques de maladies cardiovasculaires », a-t-il dit.

Si vous avez aimé cet article, inscrivez-vous à notre newsletter (gratuit)

Une étude plus vaste et une mesure plus objective

La nouvelle étude diffère des études précédentes sur le sommeil et la santé cardiaque à plusieurs égards. Il s’agit d’une étude plus vaste que plusieurs études antérieures et axée sur une population en santé. De nombreuses études antérieures ont inclus des personnes souffrant d’apnée du sommeil ou d’autres problèmes de santé. Alors que d’autres études se sont appuyées sur des questionnaires pour déterminer la quantité de sommeil des participants, cette étude a utilisé des actigraphes pour obtenir des mesures objectives du sommeil.

« Ce que les gens rapportent et ce qu’ils font sont souvent différents », affirme le prof. Ordovás. L’étude a également utilisé des ultrasons 3D de pointe pour mesurer l’athérosclérose dans tout le corps, et pas seulement dans le cœur.

Nécessité d’études complémentaires

Selon les chercheurs, des études complémentaires sont nécessaires pour déterminer si le changement des comportements de sommeil améliore la santé cardiaque. « L’impact potentiellement énorme de la privation et de la perturbation du sommeil sur la santé de la population, renforcé par la présente étude, justifie amplement de tels essais, qui sont nécessaires pour placer le sommeil avec confiance aux côtés de l’alimentation et de l’exercice comme pilier essentiel d’un mode de vie sain, » expliquent-ils.

Le 17 janvier 2019. Par la rédaction de Creapharma.ch (supervision scientifique par Xavier Gruffat, pharmacien). Sources : Communiqué de presse de l’étude (en anglais). Référence : le Journal of the American College of Cardiology (DOI : 10.1016/j.jacc.2018.10.060).

Résumé :

Moins de six heures ou plus de huit heures de sommeil par nuit peut augmenter le risque de maladie cardiovasculaire selon une nouvelle étude publiée dans le Journal of the American College of Cardiology (DOI : 10.1016/j.jacc.2018.10.060) le 14 janvier 2019. Une mauvaise qualité du sommeil définie par la fréquence des réveils nocturnes et la fréquence des mouvements pendant le sommeil, réflétant les phases du sommeil, constitue également un facteur de risque d’après cette étude. Il faut noter qu’une durée de sommeil plus courte et de bonne qualité peut compenser les effets néfastes d’un sommeil trop court. Les chercheurs considèrent que des études complémentaires sont nécessaires pour déterminer si le changement des comportements de sommeil améliore la santé cardiaque. Si tel est le cas, le sommeil pourra rejoindre le rang de l’alimentation et de l’exercice comme pilier essentiel d’un mode de vie sain.

Détails de la rédaction: Cet article a été mis à jour le 19.01.2019.