EDITORIAL – Pourquoi ce dimanche les Brésiliens vont voter pour un politicien d’extrême droite et d’(extrême) gauche ?

7 Astuces pour être heureux en coupleSAO PAULOPremière constatation un peu de mauvaise foi, j’en conviens, le principal média romand Le Temps préfère envoyer une partie de sa rédaction à San Francisco aux États-Unis, plutôt que de couvrir une élection fondamentale pour le monde qui aura lieu ce dimanche, car elle peut inverser la géopolitique de toute une région (Amérique latine). Cela dit pour avoir habité San Francisco et maintenant São Paulo au Brésil je reconnais que la région de la baie est bien plus belle que la plus grande ville de l’Occident (Sao Paulo). C’est justement et notamment pour cette raison mathématique qu’il aurait été plus malin de délocaliser les troupes à São Paulo et pas à la ville du Saint François. Je reconnais l’importance de la Silicon Valley pour le monde mais je ne pense pas nécessaire d’envoyer autant de monde et surtout j’estime que le timing est mal choisi.

Maintenant revenons au fond, ce dimanche les habitants de ce pays de 208 millions d’habitants vont notamment voter pour le premier tour de l’élection présidentielle.
À la différence des États-Unis qui compte 2 grands partis qui se partagent le pouvoir depuis des dizaines d’années, le Brésil qui reste une jeune démocratie compte de très nombreux partis. Le plus important au niveau national de ces 16 dernières années est le PT ou parti des travailleurs du très célèbre Lula, un parti clairement à gauche en tout cas sur certains thèmes (rôle important de l’état à la française).

Lula, un Trump brésilien

Vu d’Europe Lula a plutôt une bonne image même parmi la droite. Mais ce qu’il faut absolument comprendre est qu’au Brésil Lula a le même effet sur la société brésilienne qu’a Trump aux États-Unis ou même en Suisse. Il polarise et donc divise énormément. Par exemple dans la très peuplée région de São Paulo ainsi que le Sud du Brésil (ex. Rio Grande do Sul) qui sont des régions plutôt riches en comparaison du reste du pays, une majorité de la population a une image négative de Lula. Un peu comme les Californiens parfois sans fondement sont contre Trump, il y a clairement de la mauvaise foi autant à gauche qu’à droite. Il ne faut toutefois pas oublier les nombreux scandales de corruption, prouvés par la justice, concernant Lula, qui est d’ailleurs en prison à Curitiba (sud du pays) et son parti. Par contre dans le Nordeste plus pauvre et ses 70 millions d’habitants (soit 1 tiers de la population) Lula jouit d’une très grande popularité, notamment à cause de la Bolsa Familia (un revenu universel pour les personnes avec des enfants).

Pourquoi une telle polarisation ?


La première constatation est que si 31% des Brésiliens veulent voter pour Bolsonaro au premier tour, selon un sondage Ibope repris par la Folha de S. Paulo le 1er octobre 2018, est que peut-être une partie des Brésiliens ne sont pas si pauvres qu’on veut bien le croire car c’est un politicien bien à droite en terme économique, d’influence libérale. Il a justement la possibilité de “détruire le mammouth” – état gras – si on prend une expression française. Au fond certains Brésiliens aimeraient peut-être essayer un nouveau système très éloigné du Venezuela par exemple qui ressemble plus aux Etats-Unis qu’à la France (qui influence beaucoup le Brésil). De plus, le fait qu’il soit contre l’avortement rassure les plus de 35% d’évangéliques du pays et certains catholiques conservateurs. Comme avec Trump ces Brésiliens conservateurs sont prêts à oublier les divorces de Bolsonaro, sa communication qui laisse à désirer par rapport aux femmes et à la torture s’il assure que l’avortement ne sera pas légalisé. Dans un sens, que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre (lisez l’Evangile de Jean pour ceux qui n’ont pas une bonne culture chrétienne). Même il faut aussi être clair, Bolsonaro est parfois allé trop loin dans sa communication en remettant notamment en causes des fondements de la démocratie, ce qu’à mon avis Donald Trump n’a jamais fait.

Lula et ses protégés

Lula est une véritable marque pour la gauche, il a réussi en 2010 et 2014 avec Dilma Rousseff qui selon moi n’avait pas le niveau et maintenant Fernando Haddad qui a selon le sondage cité ci-dessus 21% d’intention de vote. Il est clairement 2ème et loin devant le 3ème. Le 2ème tour rassemble les 2 premiers candidats. A la différence des Etats-Unis avec le concept de Grand Electeur, les états brésiliens n’ont pas de rôle particulier. Celui qui a le plus de voix gagne l’élection, basta, comme en France.


Dernière constatation selon moi, la politique est sale et les candidats peu profilés de centre droite comme Alckim ou de centre gauche comme Marina Silva (pourtant évangélique mais qui a retourné sa veste sur le mariage homosexuel, ce qui n’a pas plus aux pasteurs) ou Ciro ont beaucoup de peine à décoller dans les sondages. En 2018, les Brésiliens veulent des lignes claires, une continuation socialiste avec Haddad ou une petite révolution libérale et peut-être la fin d’une certaine démocratie à la sauce russe ou turque. Le mois d’octobre sera passionnant avec un Brésil qui “s’américanise”(polarise), désolé mais c’est plus intéressant que les derniers potins de la Silicon Valley qu’on peut lire sur TechCrunch sans avoir à compter sur Le Temps.

2ème tour

Tout indique donc que le 2ème tour verra s’affronter la gauche ou extrême gauche avec Haddad et la droite ou extrême droite avec Bolsonaro. Selon ce même sondage Ibope cité ci-dessus, le résultat du 2ème tour entre les 2 candidats est de 42% chacun. Mais à ce que les rumeurs disent, Bolsonaro devrait gagner. D’ailleurs un sondage du 2 octobre 2018 de Datafolha donne Bolsonaro gagnant à 44% contre 42% pour Haddad. Plusieurs autres sondages ont montré que Bolsonaro devrait gagner.
A la fin le Brésil est en terme absolu le pays le plus violent au monde avec environ 60’000 homicides par année. Probablement qu’une majorité d’hommes en tout cas verront dans le conservateur Bolsonaro une possibilité de résoudre ce problème. Le monde 2018 veut des hommes forts : Trump, Bolsonaro, Poutine…

Le 7 octobre 2018 (version de 02h03, heure suisse). Par Xavier Gruffat (Romanvie.ch). Sources : The Wall Street Journal, Folha de S.Paulo, R7

Détails de la rédaction: Cet article a été mis à jour le 07.10.2018.

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