Théologie : mieux connaître la vie du grand réformateur Martin Luther

Mieux comprendre Luther en quelques dates clés et concepts

Martin Luther est probablement le principal réformateur du christianisme de l’histoire de l’humanité et à l’origine du protestantisme, en tout cas du protestantisme non anabaptiste (ou non “évangélique”). Même si ce sont surtout les indulgences qui ont déclenché une rupture avec l’église catholique au début du 16ème siècle, d’autres points de la doctrine catholique ont été remis en cause par le moine Martin Luther, comme une diminution du nombre des sacrements ou la remise en cause totale du pouvoir du Pape. Rappelons qu’à cette époque une grande partie de l’Allemagne actuelle (tout comme de la Suisse) appartenait au Saint-Empire romain germanique avec à sa tête un empereur (Charles V), en lien étroit avec le Pape.

1483 (10 novembre) : Eisleben. Naissance de Martin Luther à Eisleben. Il est le fils aîné de Hans Luder et de Marguerite Zidler. Sa famille réside dans la région de Mansfeld.

1501 : Erfurt. A 18 ans il entre à l’université d’Erfurt, où il obtient un diplôme de bachelier en 1502 et une maîtrise en 1505. Son objectif est d’étudier le droit.


1505 (2 juillet) : Erfurt et région. Luther voit la foudre pendant un orage tomber près de lui, il s’engage auprès de Dieu s’il survit de rentrer dans les ordres religieux.

1505 : Erfurt, au monastère. Martin Luther était anxieux lors d’une confession au père Staupitz (son père spirituel, par la suite ils vont se brouiller), il avait peur de ne pas être sauvé. Par la suite il a compris que Dieu était un Dieu d’amour (miséricordieux) qui nous a sauvé du péché et donc de la mort en envoyant son fils unique Jésus Christ. C’est le concept protestant de sola fide (seulement la foi, lire Romains 10:17) et surtout sola gratia (seulement la grâce). Pour l’homme n’est pas sauvé par ses œuvres morales ou pieuses mais par la grâce de Dieu.


1511. Wittenberg. Dans cette petite ville, Martin Luther va lire pour la première fois le Nouveau Testament. Cette lecture, notamment de l’Epitre de Paul des Romains (Romains) va le transformer.

1517 (31 décembre 1517) : Wittenberg. 95 thèses de Wittenberg. Ces thèses (arguments) collées sur la porte de l’église sont une forte critique aux indulgences. Celles-ci étaient un moyen d’entrer plus vite au Paradis lors du passage au Purgatoire, un stade intermédiaire et indéfini entre le Paradis et l’Enfer. Par exemple un catholique pouvait acheter pour un membre de sa famille (déjà mort) une libération du Purgatoire pour l’envoyer au Paradis. Le Purgatoire est une notion qu’on ne trouve pas dans la Bible ou en tout cas pas directement. Les indulgences ont notamment permis de construire la basilique Saint Pierre à Rome (actuellement au Vatican).
La principale référence théologique de Luther est probablement saint Augustin (354-430). L’augustinisme inclut des thèses sur la nécessité de la grâce pour le salut, la conciliation entre foi et raison, la connaissance naturelle de Dieu, la négativité du mal. 

1518-1520 : “Allemagne” – confrontation avec diverses personnes représentant l’autorité catholique comme à Augsbourg (Bavière). Un objectif de l’église catholique est de faire en sorte que Martin Luther reconnaisse qu’il se soit trompé et revienne en arrière sur sa vision théologique. Grâce à certains princes et personnes influentes, il évite un jugement par l’église Catholique et probablement sa condamnation à mort.

1521 : Worms. L’empereur du Saint-Empire romain germanique lui offre un procès équitable, avant que Rome (le Pape) le juge probablement coupable et le condamne à mort. Les Diètes d’Empire à Worms sont des assemblées générales des États du Saint-Empire romain qui se sont tenues à plusieurs reprises à la ville libre de Worms. La diète se déroula du 28 janvier au 25 mai 1521. Bien que beaucoup de thèmes y aient été traités, la diète est surtout restée célèbre pour avoir abordé le cas de Martin Luther. La diète ou édit de Worms prononce la mise au ban de Martin Luther et de ses partisans, interdit la diffusion et la lecture de ses écrits (ainsi que de tout autre écrit suspect d’hérésie).

1521 (4 mai) – 1522 (6 mars) : château de la Wartbourg, près d’Eisenach. Luther a été ensuite exfiltré, capturé, par un prince (Frédéric III le Sage) pour éviter toute condamnation. Luther a résidé dans ce château sous protection de ce prince. Les idées de Luther continuent à se répandre. L’imprimerie inventée quelques dizaines d’années auparavant aide la diffusion des idées dans toute l’Allemagne. Au château, Luther commence la traduction du Nouveau Testament en allemand à partir du grec (il termine sa Bible en 1534).

1522. Wittenberg. Retour au cloître de Wittenberg.

Article en construction.

Concepts :
– Les indulgences n’ont pas de base biblique, selon le moine Luther. Elles ont été créées par un Pape environ 200 ans avant les 95 thèses de Wittenberg.
– Pour Martin Luter, les saintes Ecritures sont plus importantes que les Papes.
– Communion sous les deux espèces.
– Le Salut se trouve seulement dans la foi en Jésus Christ et pas dans l’église Catholique. Pour Luther Jésus-Christ est l’unique intercesseur et non d’autres médiations comme l’institution, les saints, ou encore les reliques.
– Il a rompu le lien avec le Pape et donc Rome. Les Papes ne sont pas les successeurs de l’apôtre Pierre.
– Le peuple devrait pouvoir lire la Bible, notamment en allemand (et pas en latin).

Intéressant :
– En 1544, le royaume de Suède devient officiellement luthérien. 
– En 1559, Élisabeth Ire instaure l’anglicanisme. Élisabeth Ire est devenue Reine d’Angleterre et d’Irlande en 1558.

Et aussi :

Erasmus, la 3ème voie ?
Le grand intellectuel Desiderius Erasmus (en français Erasme) né à Rotterdam, de 17 ans le cadet de Martin Luther, a produit une célèbre traduction du Nouveau Testament. En effet, sa connaissance du grec le persuade que certaines parties de la Bible présentes dans la Vulgate latine (traduction utilisée par l’Eglise catholique de l’époque), n’ont pas été correctement traduites.
L’humaniste Erasmus voulait aussi réformer l’église catholique, mais de façon moins radicale que Martin Luther, en agissant plus de l’intérieur de l’église. Erasmus, amis des puissants d’Europe comme l’empereur du Saint Empire Romain Germanique (en anglais : Holy Roman Emperor) Charles V, est toujours connu presque 500 ans après sa mort. Le choix d’Erasmus de ne pas soutenir directement Luther alors qu’il avait critiqué également les indulgences et plusieurs aspects de l’église Catholique l’a placé dans une mauvaise posture en « pariant sur le mauvais cheval ». Luther a écrit en 1523 qu’il détestait Erasmus le qualifiant notamment de « reptile enragé ». Alors que l’église catholique voyait Erasmus comme un soutien de Luther (proto-Luther). Cette position entre l’église catholique et Luther, qualifié en anglais de middle way, l’a mené à un grand manque de reconnaissance de son vivant. Il a terminé sa vie dans la ville libre de Bâle (actuellement en Suisse). Dans un article qui lui a été consacré fin 2020 par le magazine scientifique The Economist, il était qualifié de citoyen du monde (Citizen of the world). Après toutes les guerres de religion et notamment la Guerre de 30 ans, entre catholiques et protestants, l’avenir a probablement donné raison à Erasmus par sa position plus nuancée, en limitant le fanatisme religieux. Par exemple Luther accusait le Pape d’antéchrist et le Pape Luther de « truie rugissante ». On ne refait pas l’histoire, mais peut-être que la 3ème voie proposée par Erasmus aurait permis d’éviter de nombreuses souffrances, pour autant que les puissants de l’église catholique aient accepté une réforme interne. Le célèbre programme d’échange entre étudiants européens porte son nom (Erasmus).

Le 27 janvier 2021. Par Xavier Gruffat. Emission Veja So (Brésil, film sur Martin Luther – livre de Lyndal Roper, The Economist.

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Détails de la rédaction: Cet article a été mis à jour le 27.01.2021.