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Comment définir le conservatisme en politique ?

Sur Romanvie.ch nous allons dans cet article essayer de définir le conservatisme ainsi que le néo-conservatisme, en fonction de notre vision du monde (worldview en anglais ou le fameux Weltanschau en allemand) ou cosmovision. La première chose est que pour nous le conservatisme est un concept plutôt positif et la deuxième chose est que la définition peut évoluer avec le temps mais si possible relativement peu. Il faut aussi distinguer des différences entre le conservatisme dans une définition anglaise (américaine, britannique) par rapport à une définition plus européenne continentale (France surtout). En français, le terme conservatisme a souvent une connotation négative, c’est moins le cas en anglais. 

En opposition au progressisme
Le conservatisme s’oppose au progressisme – aux Etats-Unis appelé aussi libéralisme (mais attention en Suisse libéralisme est plus proche de la droite que de la gauche), comme la droite s’oppose à la gauche. Souvent le conservatisme et la droite sont liés comme c’est le cas aux États-Unis avec le parti Républicain ou au Royaume-Uni avec justement le parti conservateur. Mais en Suisse le parti de droite PLR a plutôt tendance à se définir comme un parti progressiste, même si au fond il est plutôt un parti conservateur en tout cas sur l’économie. Le PDC ou plutôt désormais Le Centre dans sa version récente (2022) se présente surtout comme un parti du centre ou de centre-gauche mais conservateur, ou légèrement conservateur, avoir abandonné le terme chrétien du terme n’est pas très glorieux. Cela dit, certains journalistes notamment de Forum (émission phare de la RTS) qualifient les politiciens du Centre de politicien de droite.
Il est toutefois rare de voir une vraie gauche ou extrême gauche conservatrice.
A la Cours suprême américaine, on voit souvent un conflit clair entre les 9 juges progressistes et conservateurs.
Lire aussi : Mieux comprendre la cancel culture

Quelques définitions possibles du conservatisme 
– Un mouvement politique qui valorise les traditions comme des institutions différentes des seuls pouvoirs politiques comme la monarchie, l’armée ou les églises.
– Un mouvement politique qui valorise le passé. Les choses sont comme cela pour de bonnes raisons, même si ces raisons sont oubliées ou dures à discerner.
Remarque : l’intellectuel G.K. Chesterton écrivait en 1908 dans son livre Orthodoxy de façon critique que le conservatisme était la “démocratie des morts”.
– Un mouvement politique capable de dire stop au moment où personne n’a envie d’ “arrêter la machine”.
– Un conservateur n’idéalise pas le passé (comme le fait un réactionnaire) et n’idéalise pas le futur (comme un communiste).

Qui sont les intellectuels conservateurs ?
Récemment on peut citer notamment l’Anglais Roger Scruton (1944-2020). Dans l’un de ses livres sur le conservatisme (A Political Philosophy : Arguments for Conservatism) paru en 2006, il fait référence à de nombreux penseurs conservateurs, notamment anglais, américains, allemands ou français. Le penseur probablement le plus important est le Britannique (Irlandais pour être précis) Edmund Burke avec son livre “Reflections on the Revolution in France“, considéré comme le texte fondateur du conservatisme moderne, comme l’écrivait The Economist en septembre 2020. M. Burke rejetait le culte au progressisme, pensé notamment par les Illuministes, un courant de pensée philosophique et religieux qui se développe au XVIII e siècle en Europe et qui se fonde sur l’idée d’illumination. Pour lui la Constitution d’un pays ne pouvait pas se fonder d’idées inédites comme c’était le cas en France. Mais un ensemble de lois doit se baser sur une tradition, c’est-à-dire une expérience accumulée pendant des siècles. L’idée est de “conserver” les meilleures idées produits par une société. M. Burke était favorable à la liberté de commercer, à la propriété privée et au droit d’héritage.
Un autre intellectuel conservateur de la fin du 20ème siècle est l’Américain Allan Bloom qui a publié en 1987 un livre très influent : The Closing of the American Mind (voir un résumé sur YouTube en anglais de ce livre).
Parmi les intellectuels vivants, le Canadien Dr. Jordan B. Peterson est probablement le plus célèbre en 2022.

Le “reactionary nationalism”, est-ce du conservatisme ?
Le “reactionary nationalism” (nationalisme réactionnaire) qui défend pour simplifier la souveraineté nationale et se rapproche d’une forme de racisme (on peut penser au parti des Le Pen en France) ou en tout cas de préférence nationale n’est pas véritablement du conservatisme ou en tout cas pas forcément. Pour le magazine The Economist du 6 juillet 2019, le “reactionary nationalism” est une menace au conservatisme, en tout cas le classique (un conservatisme plus de classe sociale avec des valeurs fortes comme la religion chrétienne ou l’armée).
En français, le terme réactionnaire signifie aussi une envie de retour à la monarchie, celle d’avant la Révolution. C’est-à-dire une envie de détruire la démocratie. En France, le mouvement réactionnaire a été conceptualisé et rêvé au 19ème siècle par le philosophe Joseph de Maistre qui voulait notamment que le chef suprême soit le Pape et instaurer de facto une théocratie.
Le terme réactionnaire, en tout cas en français, est presque toujours une insulte et il est associé au radicalisme (dans le sens d’extrémisme).

Quels sont les grands médias conservateurs ?
De loin, le média ou journal conservateur sérieux le plus influent au monde est le Wall Street Journal, basé à New York. Le magazine anglais de référence mondiale The Economist peut aussi parfois être considéré comme un journal conservateur, en tout cas libéral dans une définition française.
Fox News est le média conservateur le plus influent au monde mais il est moins sérieux ou objectif que le WSJ. Pour certains comme The Economist, Fox News serait plus du pseudo-conservatisme en étant plus du “reactionary nationalism” (lire paragraphe ci-dessus). En France, Le Figaro est le journal conservateur le plus important et influent, cela reste toutefois un conservatisme plus léger que le WSJ ou surtout Fox News. En Suisse romande il n’existe aucun média de référence classé conservateur, sauf des blogs. La famille qui possède en grande partie ces médias, Murdoch, possède des médias conservateurs également au Royaume-Uni (ex. The Sun) et en Australie.

Est-ce qu’il y a des think tanks conservateurs ?
On peut citer à Washington DC le think tank Ethics & Public Policy Centre.

Le conservatisme est-il tendance en 2022 ?
Oui (et non). Par exemple les États-Unis n’ont plus de gouvernement conservateur. Le Brésil a aussi un gouvernement conservateur depuis janvier 2019 avec Jair Bolsonaro. L’Australie a renouvelé mi-mai 2019 un gouvernement conservateur, appuyé par les médias de la famille Murdoch, mais en 2022 ce leader australien n’était plus au pouvoir. En Italie, il y a actuellement un gouvernement conservateur.
Bien sûr, de nombreuses personnes s’opposent au conservatisme, notamment les socialistes et de plus en plus les écologistes.

Est-ce que le conservatisme peut mener au nazisme ou fascisme ?
Oui, c’est évident et inutile de le nier. Tout comme la gauche peut devenir communiste. C’est pourquoi le conservatisme doit être cadré et étudié comme le fait ce site. Par exemple un média conservateur (ou parti politique) qui se respecte pourra être contre le mariage homosexuel mais si on se réfère aux valeurs du christianisme (comme Romanvie.ch) il est hors de question d’avoir de la violence, même verbale, contre la communauté homosexuelle. Il est donc important de poser des limites. À l’inverse si un média conservateur est contre le droit à l’avortement (IVG) il doit être respecté de la part des médias progressistes ou libéraux, ce qui n’est souvent pas le cas en tout cas en France ou Suisse romande.

Les évangéliques sont-ils responsables en Occident du retour du conservatisme ?
Probablement oui, mais c’est plus complexe qu’une simple relation causale. Le conservatisme en Occident rassemble beaucoup de chrétiens, mais pas seulement.
Par exemple au Brésil au premier tour de l’élection présidentielle en 2018 environ 46% ont voté pour le candidat conservateur Bolsonaro, or il y a entre 30 et 35% d’évangéliques au Brésil. Cela signifie qu’une partie importante des catholiques ou athées ont voté pour le candidat conservateur. Aux États-Unis aussi, même si 80% des évangéliques qui ont voté en 2016 ont donné leur vote à Trump mais avec 25% d’évangéliques aux États-Unis ce n’est pas suffisant pour avoir une majorité même de Grands Électeurs. Cela signifie notamment que des catholiques, des athées et voire des protestants dits historiques ont apporté leur vote à Trump. On peut toutefois dire que sans les évangéliques, en tout cas sur le continent américain, ce mouvement ne pourrait probablement jamais atteindre des majorités.

Est-ce que les conservateurs sont moins bien formés que les libéraux/progressistes ?
La réponse est probablement oui mais les choses peuvent être plus complexes. Par exemple en Suisse (UDC) ou aux États-Unis (Républicains) l’électorat conservateur est probablement moins formé (ex. diplômés de l’université) et représente surtout la classe moyenne et la classe populaire.

Est-ce que les conservateurs sont moins ouverts que les libéraux/progressistes ?
Les psychologues politiques font remarquer que les libéraux sont en général plus ouverts que les conservateurs pour de nouvelles expériences comme la nourriture ou un voyage à l’étranger, comme le relevait le magazine anglais The Economist dans son édition du 8 juillet 2019.

Quels sont les grands thèmes des conservateurs ?
– La responsabilité ou devoir, c’est probablement le thème le plus important dans le conservatisme. On a des droits mais aussi des responsabilités. Par exemple j’ai le droit de toucher des indemnités chômage, mais j’ai le devoir de travailler si j’en ai la capacité.
– La famille, si possible formée par un papa et une maman avec une sexualité si possible plutôt contrôlée (pas de promiscuité). Pas de GPA légalisée. Mais on a aussi des gays ou lesbiennes conservateurs, donc ce point est moins important en 2022. Un concept important dans le conservatisme est la notion de hiérarchie, que cela soit au niveau familial, régional, cantonal ou national à travers diverses institutions.
– Une immigration contrôlée notamment par rapport aux immigrants non chrétiens.
– Des frontières clairement identifiées. Le conservateur a besoin de repères, mettre les choses dans des boîtes (pour résumer).
– Des minorités qui n’imposent pas à la majorité leurs visions du monde. Par exemple les vegans n’ont pas à imposer leur alimentation à toute l’humanité, si une personne veut manger de la viande elle peut. On revient à la notion de droits et libertés.
– Un état faible, des impôts le moins élevés possible. Les conservateurs ont une certaine méfiance avec un état trop centralisé (ex. Berne, Washington) et préfère le pouvoir au niveau régional (cantons, états, province).
– Une liberté religieuse totale (en lien avec le 2ème Amendement de la Constitution américaine, Constitution suisse).
– Une politique restrictive sur la drogue (pas de libéralisation des drogues).
– Une interdiction ou forte restriction de l’avortement (IVG).
– Forte responsabilité personnelle. Dans ce cas il s’agit d’un point commun avec le libéralisme.
– L’influence du christianisme, il peut être protestant, évangélique, catholique ou orthodoxe en fonction de la sensibilité de chacun. Fox News ou The Wall Street Journal dans leurs éditoriaux ont par exemple une sensibilité principalement évangélique/protestante et parfois catholique ou juive (orthodoxe modéré).
– Opposition au suicide assisté comme EXIT en Suisse.
– Peu d’intérêt pour les thèmes LGBTQUIA+. Critique des théories de genre (ex. contre écriture inclusive). Forte critique de la doctrine woke.
– Une école qui enseigne des valeurs, notamment du conservatisme.
– Ne pas critiquer des sports comme populaire comme le football, qui incorporent aussi de vraies valeurs (victoire, travail) comme on peut l’observer par exemple lors de la Coupe du Monde de football.

Libéralisme
Si on parle du libéralisme ou progressisme, d’où viennent les intellectuels ?
Il est plus ou moins évident que beaucoup d’intellectuels libéraux ou progressistes sont juifs vivant notamment sur la côte est américaine voire au Royaume-Uni, en France ou Israël, comme par exemple Chomsky ou Steven Pinker de l’université d’Harvard. En France BHL est un important penseur libéral. Ils sont bien sûr des juifs libéraux et pas des juifs orthodoxes ou conservateurs. Les juifs conservateurs sont en général et par définition plus alignés avec les chrétiens conservateurs.
Harari est aussi un grand intellectuel israélien qui vend des centaines de milliers de livres à travers le monde pour soutenir ses thèses libérales : athéisme, progrès de l’humanité, écologie.
Remarque importante : comme évangélique conservateur, je n’ai rien d’antisémite, au contraire. Ici je cite seulement des faits.


Qu’est-ce que le néo-conservatisme ?
Il s’agit simplement d’un mélange entre le libéralisme économique et le conservatisme sociétal (thèmes de la famille, lire ci-dessus). Les Républicains américains sont souvent des néo-conservateurs (les fameux neocons – pas très joli en français bien sûr). Il semble qu’en France, le programme d’Eric Zemmour soit proche du néo-conservatisme.


Mots-clés du conservatisme (idée de Xavier Gruffat, citer la source en cas d’utilisation) : 
Responsabilité, hiérarchie, ordre, devoirs, famille, communauté, foi, structure, christianisme, tradition, armée, service.

Article mis à jour le 25.11.2022. Par Xavier Gruffat. Sources : The Economist, The Wall Street Journal, livres sur le conservatisme, chaîne YouTube de l’historien et intellectuel brésilien Leonardo Karnal, magazine brésilien Superinteressante (édition de septembre 2022).

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Observação da redação: este artigo foi modificado em 25.11.2022

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