Comment définir le conservatisme ?

Sur Romanvie.ch nous allons dans cet article essayer de définir le conservatisme ainsi que le néo-conservatisme, en fonction de notre vision du monde (worldview en anglais). La première chose est que pour nous le conservatisme est un concept plutôt positif et la deuxième chose est que la définition peut évoluer avec le temps mais si possible relativement peu. Il faut aussi distinguer des différences entre le conservatisme dans une définition anglaise (américaine, britannique) par rapport à une définition française (France surtout). 

En opposition au progressisme
Le conservatisme s’oppose au progressisme – aux Etats-Unis appelé aussi libéralisme (mais attention en Suisse libéralisme est plus proche de la droite que de la gauche), comme la droite s’oppose à la gauche. Souvent le conservatisme et la droite sont liés comme c’est le cas aux États-Unis avec le parti Républicains ou au Royaume-Uni avec justement le parti conservateur. Mais en Suisse le parti de droite PLR a plutôt tendance à se définir comme un parti progressiste, même si au fond il est plutôt un parti conservateur en tout cas sur l’économie. Le PDC dans sa version récente (2019) se présente surtout comme un parti du centre ou de centre-gauche mais conservateur.
Il est toutefois rare de voir une vraie gauche ou extrême gauche conservatrice.

Quelques définitions possibles du conservatisme 
– Un mouvement politique qui valorise les traditions comme des institutions différentes des seuls pouvoirs politiques comme la monarchie, l’armée ou les églises.
– Un mouvement politique qui valorise le passé. Les choses sont comme cela pour de bonnes raisons, même si ces raisons sont oubliées ou dures à discerner.
Remarque : l’intellectuel G.K. Chesterton écrivait en 1908 dans son livre Orthodoxy de façon critique que le conservatisme était la “démocratie des morts”.
– Un mouvement politique capable de dire stop au moment où personne n’a envie d’ “arrêter la machine”.


Le “reactionary nationalism”, est-ce du conservatisme ?
Le “reactionary nationalism” (nationalisme réactionnaire) qui défend pour simplifier la souveraineté nationale et se rapproche d’une forme de racisme (on peut penser au parti des Le Pen en France) ou en tout cas de préférence nationale n’est pas véritablement du conservatisme ou en tout cas pas forcément. Pour le magazine The Economist du 6 juillet 2019, le “reactionary nationalism” est une menace au conservatisme, en tout cas le classique (un conservatisme plus de classe sociale avec des valeurs fortes comme la religion chrétienne ou l’armée).

Quels sont les grands médias conservateurs ?
De loin, le média ou journal conservateur sérieux le plus influent au monde est le Wall Street Journal, basé à New York. Le magazine anglais de référence mondiale The Economist peut aussi parfois être considéré comme un journal conservateur, en tout cas libéral dans une définition française.
Fox News est le média conservateur le plus influent au monde mais il est moins sérieux ou objectif que le WSJ. Pour certains comme The Economist, Fox News serait plus du pseudo-conservatisme en étant plus du “reactionary nationalism” (lire paragraphe ci-dessus). En France, Le Figaro est le journal conservateur le plus important et influent, cela reste toutefois un conservatisme plus léger que le WSJ ou surtout Fox News. En Suisse romande il n’existe aucun média de référence classé conservateur, sauf des blogs. La famille qui possède en grande partie ces médias, Murdoch, possède des médias conservateurs également au Royaume-Uni (ex. The Sun) et en Australie.

Est-ce qu’il y a des think tanks conservateurs ?
On peut citer à Washington DC le think tank Ethics & Public Policy Centre.

Le conservatisme est-il tendance en 2019 ?
Oui. Par exemple les États-Unis avec Trump ont un gouvernement conservateur. Le Brésil a aussi un gouvernement conservateur dès janvier 2019 avec Bolsonaro. L’Australie a renouvelé mi-mai 2019 un gouvernement conservateur, appuyé par les médias de la famille Murdoch.

Est-ce que le conservatisme peut mener au nazisme ou fascisme ?
Oui, c’est évident et inutile de le nier. Tout comme la gauche peut devenir communiste. C’est pourquoi le conservatisme doit être cadré et étudié comme le fait ce site. Par exemple un média conservateur (ou parti politique) qui se respecte pourra être contre le mariage homosexuel mais si on se réfère aux valeurs du christianisme (comme Romanvie) il est hors de question d’avoir de la violence, même verbale, contre la communauté homosexuelle. Il est donc important de poser des limites. À l’inverse si un média conservateur est contre le droit à l’avortement il doit être respecté de la part des médias progressistes ou libéraux, ce qui n’est souvent pas le cas en tout cas en France ou Suisse romande.

Les évangéliques sont-ils responsables en Occident du retour du conservatisme ?
Probablement oui, mais c’est plus complexe qu’une simple relation causale. Par exemple au Brésil au premier tour de l’élection présidentielle environ 46% ont voté pour le candidat conservateur Bolsonaro, or il y a entre 30 et 35% d’évangéliques au Brésil. Cela signifie qu’une partie importante des catholiques ou athées ont voté pour le candidat conservateur. Aux États-Unis aussi, même si 80% des évangéliques qui ont voté ont donné leur vote à Trump avec 25% d’évangéliques aux États-Unis ce n’est pas suffisant pour avoir une majorité même de Grands Électeurs. Cela signifie notamment que des catholiques, des athées et voire des protestants dits historiques ont apporté leur vote à Trump.

Est-ce que les conservateurs sont moins bien formés que les libéraux/progressistes ?
La réponse est probablement oui mais les choses peuvent être plus complexes. Par exemple en Suisse (UDC) ou aux États-Unis (Républicains) l’électorat conservateur est probablement moins formé, ex. à l’université, et forme surtout la classe moyenne et la classe populaire que les libéraux ou progressistes qui votent Démocrates mais dans d’autres pays comme le Brésil la situation semble opposée.


Est-ce que les conservateurs sont moins ouverts que les libéraux/progressistes ?
Les psychologues politiques font remarquer que les libéraux sont en général plus ouverts que les conservateurs pour de nouvelles expériences comme la nourriture ou un voyage à l’étranger, comme le relève The Economist du 8 juillet 2019.

Quels sont les grands thèmes des conservateurs ?
– La famille, si possible formée par un papa et une maman avec une sexualité si possible plutôt contrôlée (pas de promiscuité). Pas de GPA légalisée.
– Une immigration contrôlée notamment par rapport aux immigrants non chrétiens.
– Des minorités qui n’imposent pas à la majorité leurs visions du monde. Par exemple les vegans n’ont pas à imposer leur alimentation à toute l’humanité, si une personne veut manger de la viande elle peut.
– Un état faible, des impôts le moins élevés possible. Les conservateurs ont une certaine méfiance avec un état trop centralisé (ex. Berne, Washington) et préfère le pouvoir au niveau régional (cantons, états, province).
– Une liberté religieuse totale, grande influence des églises évangéliques en Occident chrétien.
– Une politique restrictive sur la drogue (pas de libéralisation des drogues).
– Une interdiction ou forte restriction de l’avortement (IVG).
– Forte responsabilité personnelle. Dans ce cas il s’agit d’un point commun avec le libéralisme.
– L’influence du christianisme, il peut être protestant, évangélique, catholique ou orthodoxe en fonction de la sensibilité de chacun. Fox News ou The Wall Street Journal dans leurs éditoriaux ont par exemple une sensibilité principalement évangélique/protestante et parfois catholique ou juive (orthodoxe modéré).
– Opposition au sucide assisté comme EXIT en Suisse.

Libéralisme
Si on parle du libéralisme ou progressisme, d’où viennent les intellectuels ?
Il est plus ou moins évident que beaucoup d’intellectuels libéraux ou progressistes sont juifs vivant notamment sur la côte est américaine voire au Royaume-Uni, en France ou Israël, comme par exemple Chomsky ou Steven Pinker de l’université d’Harvard. En France BHL est un important penseur libéral. Ils sont bien sûr des juifs libéraux et pas des juifs orthodoxes ou conservateurs. Les juifs conservateurs sont en général et par définition plus alignés avec les chrétiens conservateurs.
Harari est aussi un grand intellectuel israélien qui vend des centaines de milliers de livres à travers le monde pour soutenir ses thèses libérales : athéisme, progrès de l’humanité, écologie.
Remarque importante : comme évangélique conservateur, je n’ai rien d’antisémite, au contraire. Ici je cite seulement des faits.

Qu’est-ce que le néo-conservatisme ?
Il s’agit simplement d’un mélange entre le libéralisme économique et le conservatisme sociétal (thèmes de la famille, lire ci-dessus). Les Républicains américains sont souvent des néo-conservateurs (les fameux neocons – pas très joli en français bien sûr).

Article mis à jour le 09.07.2019. Par Xavier Gruffat. Sources : elles sont mentionnées si existente directement dans l’article.

Détails de la rédaction: Cet article a été mis à jour le 09.07.2019.